Un jardin diapré de fleurs.
Si quelqu'un se demandait, 
pourquoi Dieu fait les melons plus  gros que les fraises,
et  les  lys  plus  grands
que  les violettes;
pourquoi  le  romarin n'est  pas  une  rose,
ou pourquoi  l'œillet n'est  pas  un souci,
pourquoi le paon est  plus  beau qu'une chauve-souris,
ou encore pourquoi  la  figue est douce et le citron aigrelet,
on  se  moquerait de ses demandes.

Et  on  lui  dirait :
"Pauvre  homme, puisque la beauté du monde  requiert la variété,
il faut qu'il y ait des différentes et inégales perfections parmi les choses,
et que l'une ne soit pas  l'autre;  
c'est   pourquoi  les unes sont petites  et les  autres  grandes, 
les  unes  aigres et les autres douces,
les  unes  plus belles,  et  les  autres  moins  belles.

Or  il en est de même pour le cœur  de l'homme:
chacun reçoit un  don particulier: 
un à celui-ci un autre à celui là. d
it le Saint‑Esprit. (1co7,7)
C'est  donc  absurde  de rechercher  pourquoi  saint  Paul  n'a  pas  eu  la grâce de saint Pierre, ni saint Pierre  celle  de  saint Paul; pourquoi saint  Antoine   n'a  pas   été  saint  Athanase, ni  saint  Athanase  saint  Jérôme...

Car  on  répondrait à ces demandes,
que  l'Église est un jardin diapré de fleurs infinies,
il y en faut donc de diverses grandeurs,
de diverses couleurs,  de diverses odeurs, et,
en somme  de  différentes perfections.
Que toutes  ont  leur  prix,  leur grâce et leur  émail, 
et  toutes, en  l'assemblage de leurs  variétés, font  une  très  agréable perfection de beauté.

Saint François de Sales